Paroles d'expert
Le blog autour du recyclage

« L’économie des déchets est fondamentale pour fournir de l’énergie verte »

Philippe Chalmin est l’expert français des marchés des matières premières. Il est à l’origine d’un rapport exhaustif qui sort chaque année et décortique les tendances de ces marchés. Cette année, les chercheurs qui travaillent sous sa direction pour ce rapport, s’accordent pour dire que nous faisions face à une crise de l’énergie inédite, un tournant majeur dans la vie économique, avec des risques mais aussi des opportunités.

INTERVIEW : Philippe Chalmin, Président-Fondateur de Cyclope
Dans le rapport Cyclope, l'analyse annuelle incontournable des évolutions des biens et des marchés, vous dites que la situation économique actuelle représent "un changement de paradigme". Pourquoi cela ?
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, nous avons connu les Trente Glorieuses de la reconstruction de l'Europe occidentale. Après la chute du communisme, nous sommes entrés dans l'ère de la mondialisation, dans un monde sans bloc "ouest" et "est", "sud" ou "nord", avec une économie de marché florissante, l'émergence de grands pays comme la Chine...

Mais ce cycle s'achève avec une série de ruptures. Rupture sanitaire, d'abord : la pandémie a entraîné l’arrêt des économies, et une certaine remise en cause du fonctionnement de l’économie libérale. Rupture politique également, avec la montée en puissance des despotismes, et surtout rupture de la paix avec l’Ukraine, première grande guerre depuis 1944.

Le taux de croissance mondial tombe sous les 3 %, inférieur à la croissance démographique, ce qui diminue le PIB par tête et donc entraîne l’accroissement des inégalités. Nous vivons la fin de ces « Trente Glorieuses de la mondialisation heureuse ».
Ce changement d'ère met-il en péril la transition énergétique ?
C'est vrai que nous sommes à un moment délicat de la transition énergétique. Le monde est encore "accro" aux énergies fossiles, au pétrole et au charbon. Mais le virage de la transition énergétique a été pris - en Europe du moins. Les pays qui ont quitté le charbon n'y reviendront pas ; d'autres en sont loin mais la trajectoire est prise.

22 des pays européens se sont ainsi engagés à sortir du charbon avant 2030. La Pologne, plutôt vers 2046. Sur le pétrole aussi, le cheminement est entamé. Le report s'est fait sur le gaz, une énergie moins carbonée, qui est devenue l'énergie de la transition.

La crise du Covid a accentué cette trajectoire, avec pour certains une sensation que la nature revenait en force pour "se venger" de l'être humain.
Parmi les crises que nous traversons, il y a celle de l'énergie. Vous estimez dans ce rapport que celle que nous subissons est atypique. En quoi ?
Les crises précédentes de l'énergie étaient liées à notre dépendance au pétrole, celle-ci est liée justement au gaz. Le gaz est l'énergie clé des années à venir, avec un rôle géopolitique équivalant à celui qu'a eu le pétrole ces dernières années.Hausse forte de la demande, tensions sur l'approvisionnement : l'Europe a vu une augmentation de 500% du prix du gaz !

Il faut aussi dire que l'on a longtemps vécu avec du gaz pas cher. Nous vivons ainsi la fin de l'énergie peu cher. Mais ça a aussi du bon : c'est là une contrainte qui va nous permettre d'évoluer et de prendre plus rapidement des décisions drastiques.
Ces crises climatiques et géopolitiques ont renforcé l'urgence de se désengager des importations de gaz - notamment Russe ! - et d'accélérer la baisse de la consommation. Quelles sont les pistes de l'Europe ?
La consommation énergétique de l'Europe est relativement stable, mais sa production locale a diminué d'un tiers ces dernières années. La dépendance au gaz d'importation, notamment russe, a donc augmenté - elle représente 40% de nos besoins. L'Allemagne en tête, qui n'a pas à l'heure actuelle de capacités de regazéification. Il va falloir bien évidemment accélérer les économies de consommation, l'efficacité énergétique, mais il faudra quand même utiliser du gaz. L'alternative "fiable" est le GNL provenant notamment des États-Unis… donc des gaz de schiste, ce que l’Europe souhaitait justement éviter et qui l’a poussée à se mettre la tête sur le billot du gaz russe ! Son coût, là aussi, monte en flèche parce que la Chine a les mêmes soucis et besoins que nous, et la tension va augmenter.
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